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RDC : « Joseph Kabila choisit le front politico-militaire, la République ne se laissera pas faire » ( Extrait de la Tribune de Me Jean-Louis Kalamba Ngindu).


Le 12 octobre 2026 marque un tournant majeur dans l'histoire politique et sécuritaire de la RDC. C'est l'analyse que fait l'Honorable Jean-Louis Kalamba Ngindu, Député national élu de Lubumbashi et Président national de l'A.DE.FA.T.

Depuis Goma, l'ancien Président Joseph Kabila a annoncé prendre la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN). Une nouvelle structure politico-militaire qui succède à l'Alliance Fleuve Congo (AFC) et rassemble des responsables liés à l'AFC/M23.

Une annonce qui intervient au moment où l'Est de la République Démocratique du Congo continue de payer le lourd tribut de la guerre et qui pose une question centrale : peut-on prétendre refonder la République en revendiquant le recours à la force contre les institutions établies ?

C'est à cette question que Kalamba Ngindu Jean-Louis répond sans équivoque, dans cette première tribune. 

« La République ne se conquiert pas par les armes, la légitimité ne se décrète pas dans les territoires occupés et l'avenir du Congo ne peut être décidé contre la volonté de son peuple », écrit-il d'entrée. 

Une responsabilité historique

Joseph Kabila a dirigé la RDC pendant près de dix-huit ans. Une expérience au sommet de l'État qui, selon l'élu de Lubumbashi, aurait dû lui imposer une responsabilité particulière ; celle de contribuer à la consolidation des institutions, au respect de l'ordre constitutionnel et à la préservation de la paix, même étant dans l'opposition.

Or, poursuit Jean-Louis Kalamba, sa désignation à la tête du FRN ouvre une nouvelle séquence dont les conséquences pourraient être lourdes. Le mouvement a annoncé vouloir mettre fin au pouvoir de Kinshasa, par tous les moyens, y compris la force. Une déclaration, rapportée par plusieurs médias, qui dépasse le cadre d'une simple confrontation politique.

Elle place la question de la légitimité démocratique et du respect de l'ordre constitutionnel au cœur du débat national.

Et le prix humain est déjà connu. Les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont déjà trop souffert de violences, de déplacements forcés et de la destruction de leurs moyens de subsistance. Les Congolais de Goma, de Bukavu et des territoires environnants ont besoin de sécurité, de justice et de perspectives d'avenir, non d'une nouvelle aventure politico-militaire.

La Constitution comme seule boussole

Pour le Président de l'A.DE.FA.T, le principe est intangible. En RDC, le pouvoir politique doit s'exercer conformément à la Constitution.

« Les désaccords avec le pouvoir en place sont légitimes. La critique de l'action gouvernementale est nécessaire. L'opposition politique est indispensable à la vitalité démocratique. Mais aucune de ces prérogatives ne saurait justifier le recours aux armes », insiste-t-il.

La démocratie, rappelle-t-il, n'interdit pas la contestation. Elle lui impose un cadre. Elle n'efface pas les divergences, elle organise plutôt leur expression pacifique.

Le contexte judiciaire est également évoqué. La condamnation à mort par contumace de Joseph Kabila, prononcée par la Haute Cour militaire le 30 septembre 2025, notamment pour trahison et crimes liés au conflit avec le M23, constitue un élément important. Un jugement que l'ancien Président et son camp contestent, dénonçant une décision politiquement motivée.

« Dans un État de droit, les décisions judiciaires doivent être prises en considération, tandis que les responsabilités individuelles doivent être appréciées dans le respect des procédures légales », note le Député national Kalamba.

Au-delà des personnes, l'enjeu concerne le principe selon lequel aucun acteur politique ne peut se soustraire aux règles constitutionnelles ni prétendre accéder au pouvoir par la force.

L'article 64 de la Constitution est clair : tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou l'exerce en violation des dispositions constitutionnelles. 

« La République appartient au peuple congolais. Elle ne peut être confisquée par un groupe armé », martèle-t-il.

Un soutien ferme aux institutions

Dans cette épreuve, Jean-Louis Kalamba Ngindu réaffirme son soutien au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, garant de la Constitution et de la continuité institutionnelle de l'État.

« Ce soutien procède d'une conviction patriotique. Lorsque l'intégrité territoriale et la stabilité des institutions sont menacées, les divergences politiques ne doivent jamais nous faire perdre de vue l'essentiel, qui est la défense de notre pays ».

La RDC, soutient-il, ne peut se permettre une fragmentation supplémentaire de son espace politique et sécuritaire. Elle a besoin d'institutions capables de protéger les citoyens et de mobiliser les ressources nationales au service de la paix.

Un soutien qui n'est ni un renoncement à l'esprit critique ni un chèque en blanc, précise-t-il. Il s'accompagne d'une exigence de résultats, de transparence et de bonne gouvernance. 

« La défense de la République doit aller de pair avec la lutte contre la corruption et les injustices qui fragilisent notre cohésion nationale ».

Appel à la jeunesse et vigilance depuis Lubumbashi

Depuis Lubumbashi, au cœur du Haut-Katanga, l'élu lance un appel à la vigilance, à la responsabilité et à la cohésion nationale. Une province qui occupe une place importante dans l'histoire économique et politique du pays.

« Nous ne devons pas laisser les rivalités politiques compromettre cet avenir ni permettre que les frustrations légitimes soient transformées en instruments de confrontation armée », lance-t-il. 

À la jeunesse congolaise, le message est direct : 

« Votre avenir ne doit pas être sacrifié sur l'autel des ambitions politiques d'autrui. Votre énergie doit servir à apprendre, à entreprendre, à innover ».

Et de trancher : 

« La rébellion ne saurait remplacer une politique d'emploi. Les armes ne peuvent se substituer à l'école ».

Si l'Honorable dit entendre ceux qui appellent au dialogue et à une solution politique, il met aussi en garde. Le dialogue, note-t-il, ne doit pas devenir un instrument de légitimation de la prise du pouvoir par la force. Il ne peut consacrer le principe selon lequel la violence offrirait davantage de droits politiques que le respect des règles démocratiques.

« Toute démarche de paix doit placer au centre la protection des populations, la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale. Nous voulons une paix durable, non une accalmie provisoire annonçant la prochaine guerre », déclare l'Honorable Jean-Louis Kalamba. 

Le Président national de l'A.DE.FAT. conclut par un hommage aux FARDC et à tous les citoyens qui contribuent à la défense de leurs communautés, dans une formule forte. 

« Aucun ancien président, aucun dirigeant politique et aucun mouvement armé ne peut se prévaloir d'un droit supérieur à celui du peuple congolais sur son propre destin. Le Congo n'est ni un patrimoine privé ni un butin de guerre ».

« À ceux qui voudraient faire de la violence une voie d'accès au pouvoir, nous rappelons que l'avenir du Congo doit se décider dans le respect de la Constitution et de la volonté du peuple. La RDC ne se laissera pas faire. La République ne se négocie pas sous la menace des armes. Notre souveraineté n'est pas à vendre et notre unité nationale n'est pas négociable. Avec le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour la défense de la Constitution, nous devons rester unis, vigilants et déterminés ».


Propos recueillis par Crispin Phocas MAYIMBU. 


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