« Monsieur Bemba, vous parlez d'imposture et d'usurpation ? Parlons-en, puisque vous en avez le verbe haut », lance-t-il d'entrée.
De quel droit donne-t-on des leçons de patriotisme ?
Jean-Pierre Bemba a fustigé les 18 ans de Kabila et son passé d'homme entretenu par les puissances étrangères. Mais qui est Jean-Pierre Bemba pour monter sur ce tribunal improvisé ?, s'interroge Marley Vuvu.
Pour ce Cadre de la Coalition Article 64 (C64), Bemba, le fondateur du MLC, mouvement créé en 1998 avec le parrainage de l'Ouganda de Museveni, est un agresseur qui, avec le Rwanda, a envahi le pays de Lumumba. Il a été, comme Kabila, un artisan de la balkanisation de 1998. La seule différence est que la fortune des armes a voulu que Kabila gagne et que lui, Bemba, perde.
Marley Vuvu allègue que Bemba est un seigneur de guerre et il n'incarne aucune morale patriotique.
« Vous, le chef rebelle poursuivi par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité en République centrafricaine, condamné en première instance, acquitté en appel, oui, mais sur des faits que nul ne peut effacer : vos hommes ont violé, pillé, massacré à Bangui en 2002-2003. Vous prétendez aujourd'hui incarner la morale patriotique ? », s'interroge-t-il.
Un rebelle qui prêche la pacification
Marley Vuvu donne raison sur le fond à Jean-Pierre Bemba lorsqu'il dénonce l'ingérence rwandaise. Mais, il doit rappeler au peuple qu'il fut lui-même un instrument des voisins. Son MLC a dépecé la RDC aux côtés de l'Ouganda et du Rwanda. Il a combattu Kinshasa à main armée pendant cinq ans. Il à été vice-président du gouvernement de transition, le même qui a produit la Constitution de 2006 qu'il accuse aujourd'hui d'avoir été violée.
Jean-Pierre Bemba, poursuit-il, a cheminé avec Kabila au sein du 1+4. Il a partagé le pouvoir, les portefeuilles et les compromissions avec celui qu'il voue désormais aux gémonies. La mémoire du peuple congolais, dont il se réclame, n'est pas plus sélective que la sienne. Elle les range tous les deux dans le même camp des héritiers du système de Sun City.
Bemba attaque Kabila, mais il ménage le présent
« Votre texte est un réquisitoire contre le passé utile, mais complaisant pour le présent. Depuis 2019, sous Tshisekedi que vous encensez, l'Est du pays continue de brûler, le M23 occupe des chefs-lieux, des millions de déplacés errent, le Rwanda pille le coltan et l'or, et l'état de siège dans le Nord-Kivu et l'Ituri a produit plus de misère que de sécurité. Où sont donc ces résultats spectaculaires que vous brandissez comme un trophée ? », a martelé Marley Vuvu
Pour ce Cadre de la C64, la gratuité de l'enseignement n'existe que sur le papier. Dans les faits, des enseignants sont impayés, des écoles sont sans bancs. Il y à une population prise en otage entre impôts écrasants et misère galopante. Quant à la multiplication par cinq du budget, il évoque une gouvernance inchangée et une dette qui explose.
Bemba ne fait pas une analyse du régime actuel, il en est un soutien assumé. Et c'est là toute la faiblesse de sa position : il attaque Kabila au nom d'un bilan dont il fut aussi, pendant cinq ans, co-responsable et dont il sert aujourd'hui les successeurs sans jamais les interpeller.
Ce dont la RDC n'a pas besoin
Selon Marley Vuvu, les congolais n'ont pas besoin d'un Bemba reconverti en chantre du pouvoir en place pour disqualifier son ancien rival. Car la vérité est plus cruelle : la classe politique congolaise, dans son ensemble, a failli. Entre transition, guerre, pillage, ingérence et impunité...écrit-il, les mêmes noms reviennent, le même système se perpétue sous d'autres casquettes.
Le pays n'a pas besoin d'un jeu d'acteurs jouant alternativement les accusés et les juges. Il a besoin d'un vrai renouveau, d'une rupture générationnelle, d'une justice qui frappe sans distinction tous ceux qui ont souillé ce pays, y compris ceux qui se réclament aujourd'hui du peuple.
Bemba, le Congo n'est pas votre butin
« Plutôt que de nous livrer à des joutes de vieux crocodiles de la transition, construisons la relève. La RDC n'appartient ni aux seigneurs de guerre repentis, ni aux héritiers des régimes impunis. La patrie, oui. Mais pas la patrie des revanchards. La mort, non ! La vie pour un peuple enfin libre. Et avec ou sans Dieu, c'est le peuple congolais qui vaincra, ou personne », conclut Marley Vuvu.
Crispin Phocas MAYIMBU.

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